Chapitre n°2 :Cela faisait quelques jours qu’Alnia chevauchait à l’instinct. Elle ne s’arrêtait que pour se restaurer et prendre quelque repos. Les plaines défilaient sous Elinil et elle. Arrivée en haut d’une montagne, la jeune fille vit un nuage de poussière grimpait vers elle.
- Des cavaliers du Rohan…reconnut-elle leur armure.
Elinil se cabra alors que les cavaliers stoppaient à quelques mètres de la jeune fille.
- Quelles nouvelles du Rohan cavaliers ? leur demanda Alnia à la manière des rôdeurs.
- Quel est votre nom messire cavalier ? fit leur chef en s’avançant, se reprenant en quelques secondes de l’émerveillement qui l’avait saisi devant la beauté de la jeune fille. Et que faites-vous en Rohan ?
- Mon nom est Alnia et je suis à la recherche d’un vieil ami, répondit-elle doucement, nullement effrayée par cet homme.
- Je m’appelle Eomer, dit l’homme, et si votre ami est en Rohan, il n’y restera pas. Les orcs sillonnent le pays.
- Je vous remercie pour ces renseignements Messire Eomer, sourit Alnia. Je garde quand même l’espoir de trouver celui que je cherche.
- Bonne route à vous alors, Dame Alnia.
- Que les étoiles guident votre chemin.
Alnia lança son cheval au galop, dévalant la colline comme une fée glisserait dans l’air. Eomer la regarda s’éloigner en pensant qu’il avait rarement vu aussi belle jeune fille. Tant qu’Alnia resta dans son champ de vision, il ne bougea pas d’un centimètre. Puis, comme à regret, il fit tourner son cheval et lança un ordre à sa troupe qui partit telle un seul homme.
Alnia galopait comme le vent à travers la plaine. Elle sentait que quelque chose allait bientôt arriver. Son instinct la guidait et elle faisait confiance au cheval pour l’emmener où il faudrait. En peu d’heures de route, elle arriva en vue d’une forêt sombre et très vieille. Elle le sentait comme elle avait toujours senti l’ombre, la lumière et la vie là où elles se trouvaient.
Elle s’arrêta à l’orée des bois, légèrement apeurée par cette pénombre qui faisait ralentir la vie présente dans la masse végétale. Elle ne sentit, ni n’entendit, la troupe d’orcs qui se jeta sur elle par derrière. Elinil fut en quelques secondes entouré par les créatures sanguinaires.
- Nous aurons de la chair fraîche à manger ! hurla l’un d’eux.
- Prêt Elinil ? souffla Alnia en elfique.
Les orcs la regardaient avec envie, songeant déjà à leur futur repas.
- En avant prince du vent ! cria Alnia au cheval qui se cabra.
Son épée tirée de son fourreau, elle chargea, tranchant têtes et bras sur son passage. Elle ne s’était jamais battue mais elle défendrait chèrement sa vie. Les orcs les plus éloignés commencèrent à réagir, tirant des flèches sur cet adversaire qui les avaient surpris par son courage. Un coup de massue frappa Alnia à la cuisse, lui arrachant un cri de douleur. Les orcs tombaient de moins en moins vite, submergeant Alnia de leur nombre. Une flèche siffla à quelques millimètres de son visage, creusant une estafilade sur sa joue. Les archers se faisaient meilleurs, sûrs que leur proie succomberait. Elinil cria d’un air strident lorsqu’une flèche acérée se planta dans sa croupe.
- Elinil ! s’exclama Alnia en se tournant pour savoir de quel mal souffrait l’étalon.
Mal lui en prit. Un orc en profita pour lancer une dague dans son dos qu’elle ne put éviter. Celle-ci déchira les habits et la chair d’Alnia qui poussa un cri rassemblant douleur, stupeur et envie de vivre. Une douleur atroce envahit l’épaule de la jeune fille alors que son bras s’engourdissait. « Je vais mourir » pensa Alnia effrayée. Pendant quelques minutes, elle tenta de continuer à se battre, utilisant la rage qui l’avait envahi mais sans succès face au nombre d’ennemis. Elle n’arrivait plus à se concentrer et il restait encore des orcs debout.
- Fuis…Elinil… murmura-t-elle au cheval.
Mais celui-ci avait du mal à avancer. Il défendait sa maîtresse de son mieux et il ne laisserait personne lui faire du mal. Une flamme sombre s’aviva dans son regard alors qu’il cherchait à forcer le passage dans le mur compact des orcs.
- Courage…Elinil… fit Alnia très bas avant de sombrer dans l’inconscience et de tomber lourdement sur l’encolure de l’étalon.
Elinil se battait furieusement, se battant pour celle qu’il aimait tant. Son cœur lui disait de tenir bon, son instinct lui soufflant de résister. Durant plusieurs minutes, il barra la route des orcs, subissant mille et une blessures et les endurant avec courage comme Alnia l’avait fait plusieurs années auparavant pour le sauver d’une meute de loups.
Il entendit soudainement le roulement de tonnerre de ses semblables. Du haut d’une piste proche descendirent des chevaux accompagnés par deux humains, un elfe et un nain. Elinil vit les orcs encore debout tomber sur le sol et y rester. Il poussa un soupir de soulagement, Alnia était sauvée. L’étalon ne bougea pas tandis que le groupe de sauveurs s’approchait. Il reconnut le vieil Istari qui veillait sur sa maîtresse depuis longtemps et se rapprocha de lui.
- Elinil ? murmura le mage.
L’elfe descendit de cheval et s’approcha du corps d’Alnia qu’il prit dans ses bras. Il n’avait jamais vu plus belle créature en ce monde, même parmi son peuple, et était subjugué par cette beauté. Sa peau souillée de sang était légèrement halée par le soleil. Ses longs cheveux touchaient presque terre tandis qu’il la tenait. Le sang coulait aussi sur son visage, vers ses belles lèvres d’un rouge franche. Son cœur et son souffle s’accéléraient au contact de ce corps contre lui. Ce corps parfait, aux courbes si gracieuses, qui lui semblait si léger et délicat.
- Elle vit encore…fit-il en voyant la poitrine de cette inconnue se soulever à un rythme à peu près régulier. Elle est blessée ! sentit-il du sang couler entre ses doigts.
Appuyant la jeune fille contre lui, il trouva rapidement la dague qui faisait couler le sang. Une vague de peur le traversa quand il vit le sang affluer alors qu’il enlevait la dague noire d’un geste précis.
- Il lui faut des soins, dit l’homme en tendant à l’elfe une bande de tissu propre pour stopper le sang. Ne pouvez- vous rien faire pour elle Gandalf ?
- Malheureusement non. Son corps repousserait ma magie.
- Alors hâtons-nous vers les elfes ! s’exclama le nain, qui bien qu’il n’aimait pas les elfes reconnaissait leurs capacités en guéison.
- Ce ne sera peut-être pas la peine, répliqua Gandalf. Le moindre contact elfique devrait faire l’affaire.
- Nous vous faisons confiance Gandalf, affirma l’elfe. Mais éloignons-nous de ce carnage avant.
Il remonta à cheval en faisant attention à sa passagère. Les chevaux ne quittèrent pas le pas, de peur d’épuiser l’un des deux blessés. Lorsqu’ils furent éloignés de quelques kilomètres, Alnia avait perdu beaucoup de sang, mais une flamme ne voulait pas s’éteindre en elle. Au détour d’une rivière, à l’orée de la forêt, ils décidèrent de monter le camp.
- Allongez là ici Legolas, fit l’homme à l’elfe qui descendait de cheval.
- Gimli, allez chercher de l’eau, ordonna le mage. Aragorn, il nous faudrait un feu.
Le nain et l’humain partirent à leurs taches respectives tandis que l’elfe déposait doucement l’inconnue à ses yeux sur la couverture qu’Aragorn avait déposé à même le sol.
- Laissez votre magie elfique la joindre, dit le mage en devinant sa question.
- Mais comment Gandalf ?
- Tentez de la joindre comme vous le feriez pour n’importe quelle créature vivante, sourit-il à l’inquiétude et la peine qu’il vit sur le visage de l’elfe.
Ce dernier s’exécuta comme l’avait indiqué l’Istari. Il sentit un écho en cette jeune demoiselle, telle la réponse d’un elfe. « Soignez-vous » pensa-t-il en gardant les yeux fermés. Il ne les ouvrit pas mais il sentit une vive lumière une douce chaleur, se dégageant du corps de la jeune fille. Il ne re-ouvrit ses yeux que lorsque l’intensité baissa. Il ne pouvait plus détecter une seule blessure sur elle ! Une grande joie envahit son cœur et il s’autorisa un de ces rares sourires de vraie gaieté. Sans s’en rendre compte, Legolas avait attrapé la main de la jeune fille et la serrait de peur de la perdre. Il se demanda ce qui lui prenait. IL n’était pas ainsi habituellement…Il fixa le visage d’Alnia qui reprenait doucement conscience. Elle ouvrit peu à peu ses yeux qu’il trouva magnifique dès le premier regard. « Un bleu aussi pur que l’océan et aussi profond que la nuit » se surprit-il à penser.
- Maman ? demanda Alnia en voyant l’elfe, son esprit encore embrumé.
- Non mon amie, dit Gandalf. Vos yeux souffrent encore de la bataille que vous avez mené.
- Elinil ? continua Alnia d’une voix faible.
Un hennissement de joie lui répondit.
- Rendormez-vous Alnia, fit Gandalf. Vous avez besoin de repos.
Obéissant, elle referma doucement ses yeux et se rendormit.
- Elle est hors de danger maintenant Legolas, affirma l’Istari.
- Oui. Je vais surveiller les alentours dans la forêt, le renseigna l’elfe en proie à des troubles sans cesse grandissants.
Il s’éloigna du camp sur une assez grande distance, traversant sans y penser la forêt. S’asseyant sur une pierre plate, il se demanda comment cette humaine qu’il ne connaissait pas pouvait l’émouvoir à ce point. Son image emplissait son esprit et il ne pouvait s’empêcher d’y penser. Il avait eu une peur atroce en la voyant ainsi. Aussi peur que s’il voyait une personne de sa famille sur le point de mourir. Il rêva de sa peau qui avait une couleur délicate et de son odeur fruitée malgré le sang qui la maculait. Il avait une impression de vide immense à l’endroit où il avait tenu et il n’avait qu’une envie : la tenir contre lui et la serrer aussi tendrement que possible. Tendrement ? Mais qu’est-ce qui lui arrivait ? ! Ruminant ses pensées, il resta de longues heures à méditer. Quand il revint au camp, il vit l’inconnue dans les bras d’Aragorn. Un nœud se noua dans son ventre et il sentit une colère sourde poindre. Stop ! s’ordonna-t-il mentalement en contournant le camp.